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Michel Drucker Marguerite Duras Bibliography

Je sais que vous n’avez pas le temps de lire, surtout depuis deux ans. On vous a demandé quel livre de Modiano vous préfériez. Vous avez répondu n’avoir aucun problème à avouer que vous n’aviez pas le temps de lire. On ne vous a pas demandé de vous excuser. Vous avez assumé, dit avoir apprécié votre déjeuner avec l’écrivain. On aurait dû vous demander de vous excuser. On l’a demandé à Willy Sagnol pour avoir tenu des propos sur la puissance physique des joueurs africains, l’avoir comparée à l’intelligence des Nordiques. En tant qu’entraîneur d’une équipe de football sa parole publique compte. La vôtre aussi. Il avait blessé des gens, vous aussi. Parce que vous êtes ministre de la Culture. Peut-être aurez-vous le temps de lire ce qui suit. Ça vous prendra cinq minutes. Peut-être moins. Vous devez être entraînée à la lecture rapide.

En septembre 1985, Michel Drucker interrogeait Marguerite Duras sur l’an 2000. Je vais transcrire l’interview. Vous pouvez aussi la trouver sur YouTube. Ça vous prendra quatre minutes onze.

D’abord, sur un fond bleu et vert, Michel Drucker présente l’émission, il dit : «Les hommes ont toujours eu besoin de réponses, même si un jour elles s’avèrent fausses, ou seulement provisoires. Alors en l’an 2000, où seront les réponses ?»

«Il y aura plus que ça.» Marguerite Duras est filmée chez elle. Elle est assise à une table en bois. «La demande sera telle qu’il y aura plus que des réponses. Tous les textes seront des réponses en somme. Je crois que l’homme sera… littéralement… noyé, dans… dans l’information, dans une information constante, sur son corps, sur son devenir corporel, sur sa santé, sur sa vie familiale, sur son salaire, sur son loisir. C’est pas loin du cauchemar. Il y aura plus personne pour lire.» Elle sourit.

Et en parlant, elle tourne une bague autour de son doigt. «Ils verront de la télévision. On aura des postes partout. Dans la cuisine, dans les water-closets, dans le bureau, dans les rues. Et où sera-t-on ? Tandis qu’on regarde la télévision où est-on ? On n’est pas seul.»

Dans Ecrire, elle explique que la première des conditions pour faire un livre est d’être seul dans une espèce de nuit. Qu’on ne peut trouver la vérité que dans cette nuit. Pour la ramener au jour. Elle ajoute que c’est particulièrement difficile. Et vous, vous dites que vous ne lisez pas. C’est blessant, humiliant et déprimant. Politiquement vous cassez tout. En continuant à jouer le rôle de ministre de la Culture qui déjeune avec un écrivain mais ne le lit pas, parce qu’elle n’a «pas le temps». Mais qu’avez-vous donc tant à faire ? Et vos conseillers, qu’est-ce qu’ils font toute la journée ? On aurait pu au moins vous faire une fiche pour sauver la façade. On savait que le fond était attaqué, la pierre malade. Mais vous ne protégez même pas la façade ? Vous servez à quoi ?

Marguerite Duras regarde son interlocuteur, puis elle regarde au loin, comme pour voir ce qui va se passer.

«On ne voyagera plus, ça ne sera plus la peine de voyager. Quand on peut faire le tour du monde en huit jours, ou quinze jours, pourquoi le faire ? Dans le voyage, il y a le temps du voyage. C’est pas voir vite. C’est voir et vivre en même temps, vivre du voyage. Ça ne sera plus possible. Tout sera bouché. Tout sera investi. Il restera la mer quand même, les océans.

«Et puis la lecture. Les gens vont redécouvrir ça. Un homme, un jour, lira. Et puis tout recommencera. On repassera par la gratuité.»

Vous avez entendu ? La gratuité. La lecture, c’est gratuit. Dans les deux sens. Parce que ça ne coûte rien. Et parce que ça ne sert à rien. J’appuie sur retour arrière pour que vous entendiez bien :

«Et puis la lecture. Les gens vont redécouvrir ça. Un homme, un jour, lira. Et puis tout recommencera. On repassera par la gratuité.»

Je réappuie. Pour être sûre que vous entendez bien :

«Et puis la lecture. Les gens vont redécouvrir ça. Un homme, un jour, lira. Et puis tout recommencera. On repassera par la gratuité. C’est-à-dire que les réponses à ce moment-là, elles seront moins écoutées. Ça commencera comme ça, par une indiscipline. Un risque, pris par l’homme, envers lui-même. Un jour il sera seul de nouveau. Avec son malheur, et son bonheur. Mais qui lui viendront de lui-même. Peut-être que ceux qui se tireront de ce pas seront les héros de l’avenir. C’est très possible. Espérons qu’il y en aura encore.» Elle sourit. Puis elle continue.

«Je me souviens avoir lu le livre d’un auteur allemand, de l’entre-deux-guerres, je me souviens du titre, le Dernier Civil, de Ernst Glaeser. Ça. J’avais lu ça : "Que, lorsque la liberté aurait déserté le monde, il resterait toujours un homme pour en rêver." Je crois. Je crois que c’est déjà commencé même.»

Vous avez entendu ?

Cette chronique est assurée en alternance par Olivier Adam, Christine Angot, Thomas Clerc et Marie Darrieussecq.

Christine Angot

Pierre Desproges, né le à Pantin et mort le à Paris, est un humoristefrançais réputé pour son humour noir, son anticonformisme et son sens de l'absurde.

Célèbre pour son humour grinçant, mis en valeur par une remarquable aisance littéraire, Pierre Desproges s'est notamment illustré avec des thèmes souvent évités par les autres humoristes de son époque, prenant à contre-pied certaines positions convenues dans la société. Il est notamment l'auteur de la maxime suivante : « On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui[1],[2]. »

Journaliste à L'Aurore, il débute à la télévision sur TF1 dans l’émission de Jacques Martin, Le Petit Rapporteur. À la radio, il est notamment le procureur fantasque du Tribunal des flagrants délires sur France Inter. Auteur de spectacles, il a aussi présenté l'émission humoristique La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède sur FR3.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

C'est à Paris que Pierre Desproges grandit et passe l'essentiel de sa jeunesse. Il est l'aîné d'une petite fratrie (une sœur et un petit frère) élevée essentiellement par leur mère, issue de la « petite bourgeoisie » parisienne. Son père, instituteur, a fait le choix d'une carrière aux colonies, où il est directeur d'école. C'est ce qui vaut à Pierre, adolescent, d'accompagner son père un an à Luang Prabang au Laos, en 1953[3], et trois ans en Côte d'Ivoire, dont un an d'internat à Abidjan. Les vacances se passent, pour Pierre, immanquablement en Limousin, chez ses grands-parents paternels, à Châlus (Haute-Vienne). C'est le cadre de cette petite ville limousine qui inspirera son seul roman, Des femmes qui tombent[4].

Élève se revendiquant dilettante[5], il rate son baccalauréat, ce qui n'entrave pas son avidité de culture et son goût de la polémique, hérités de sa mère[6].

En 1959, il accomplit son service militaire. Envoyé en Algérie, il y passe vingt-huit mois et conservera de cette période un souvenir exécrable[7]. De retour à la vie civile et ne sachant trop que faire pour gagner sa vie, il entreprend des études de kinésithérapie qu'il abandonne assez vite[5], écrit des romans-photos réalisés avec des amis et qui sont publiés, vend des assurances-vie (qu'il rebaptise « assurances-mort ») puis des poutres en polystyrène expansé[8].

L'Aurore et débuts à la télévision[modifier | modifier le code]

Pierre Desproges devient ensuite journaliste à L'Aurore, où il entre grâce à son amie d'enfance, la journaliste Annette Kahn, dont le frère, Paul-Émile, était son condisciple au lycée Carnot à Paris. Le chef de service des informations générales, Jacques Perrier, qui n'aime pas son humour et ne le supporte pas, le fait renvoyer.

Il travaille alors à Paris Turf, journal hippique appartenant au même groupe de presse. Lorsque Perrier est à son tour licencié, en mai 1968, Bernard Morrot, nommé pour le remplacer, fait revenir Desproges à L'Aurore et lui confie une rubrique de brèves insolites à l'humour acide, que Pierre Desproges appelle la « rubrique des chats écrasés ». Jugé un peu trop caustique, il évite son licenciement grâce à Françoise Sagan (qu'il interviewera plus tard pour Le Petit Rapporteur[9]) qui écrit une lettre au journal en affirmant qu'elle n'achète L'Aurore que pour la rubrique de Desproges[10].

Remarqué par ses confrères de la télévision, il devient chroniqueur dans l'émission télévisée de Jacques Martin, Le Petit Rapporteur sur TF1[11]. Sa prestation dans cette émission dominicale, auprès de son complice Daniel Prévost, demeure gravée dans l'esprit des amateurs d'humour noir et de cynisme. Il finit toutefois par claquer la porte, car ses interventions sont de plus en plus souvent coupées au montage[5] (Martin prenant ombrage de la popularité de Desproges)[12],[13], et retourne à L'Aurore, où il se sent mieux[13].

Activité à la radio[modifier | modifier le code]

Pierre Desproges participe ensuite à plusieurs émissions de radio sur France Inter :

  • en 1978 et 1979, il anime en compagnie de Thierry Le Luron l'émission hebdomadaire Les Parasites sur l'antenne ;
  • en 1980 et 1981, il collabore à Charlie Hebdo avec une petite chronique intitulée Les étrangers sont nuls ;
  • en 1980 et 1981, il participe à l’émission L'île aux enfants où il interprète le professeur Corbiniou dans une vingtaine de petits sketches destinés aux enfants afin de « les abêtir davantage ». Cette séquence est en quelque sorte l'ancêtre de La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède ;
  • entre 1980 et 1983, il est le procureur du Tribunal des flagrants délires en compagnie de Claude Villers et Luis Rego. Ses féroces réquisitoires commencent invariablement par son célèbre : « Françaises, Français, Belges, Belges… » et par « Public chéri, mon amour ! » pour se terminer par une sentence sans appel : « Donc, l'accusé est coupable, mais son avocat vous en convaincra mieux que moi. » ;

Article détaillé : Liste des réquisitoires de Pierre Desproges au Tribunal des flagrants délires.

  • en 1986, il anime une chronique quotidienne de deux ou trois minutes environ, intitulée Chronique de la haine ordinaire, où il traite de sujets qui le révoltent à travers des coups de gueule.

Activité à la télévision[modifier | modifier le code]

Le [14], Pierre Desproges participe aux côtés de l'humoriste Thierry Le Luron à un sketch diffusé sur TF1 (durant l'émission Interneige[14]), l'« Entretien au coin du feu », où Le Luron endosse le rôle du président de la République Valéry Giscard d'Estaing[11] et Desproges celui d'un interviewer hésitant et saugrenu, à l'occasion d'une fausse interview « décidée à la dernière minute » un jour avant les élections municipales[14]. Ils réitèreront ce sketch plusieurs fois, notamment le pour les vœux de la nouvelle année dans l'émission Les Rendez-vous du dimanche de Michel Drucker sur TF1[15].

En 1982, il collabore quelques mois au scénario de l'émission Merci Bernard sur FR3. C'est Desproges lui-même qui trouve le titre énigmatique de l'émission, en hommage à Bernard Morrot, l'homme qui lui offrit une seconde chance à L'Aurore[réf. nécessaire].

Entre 1982 et 1984, il assure également sur FR3 (pendant cent émissions) une chronique d'humour absurde intitulée La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède. Parodiant la forme des leçons de choses ou de savoir-vivre, Desproges y immortalise son célèbre « Étonnant, non ? » qui conclut chaque épisode. Il se joue des sujets, qu'ils soient sacrés (« Rentabilisons la colère de Dieu » ou bien « Essayons vainement de faire apparaître la Sainte Vierge ») voire tabous (« Essayons en vain de cacher notre antisémitisme » ou bien « Asseyons un aveugle dans un fauteuil pour sourd »). Selon Desproges, avec cette émission, « Notre objectif est de diviser la France en deux : les imbéciles qui n’aiment pas et les imbéciles qui aiment »[16].

Au début de l'année 1988, le 9 janvier, il présente en direct l'arrivée des invités de l'émission Champs-Élysées à la place de Michel Drucker. Quelques semaines avant sa mort, il tourne une publicité parodique avec le groupe d'humoristes Les Nuls. Le tournage est difficile, comme le révèle Alain Chabat dans le livre Desproges est vivant. Sur le plateau de l'émission L'assiette anglaise du , Desproges prétend s'être fêlé une côte durant l'enregistrement du sketch, ce qui explique sa fatigue du moment. Cette remarque est sujette à caution, Hélène Desproges ayant révélé des années plus tard que son mari était maintenu dans l'ignorance du cancer qui le rongeait. Cette fatigue était plus vraisemblablement due à la progression du cancer qu'à une hypothétique côte fêlée.

Sur scène[modifier | modifier le code]

En 1975 et les années suivantes, Pierre Desproges est à l'Olympia sur scène avec Thierry Le Luron. En 1977-1978, il interprète des sketches[5] avec Évelyne Grandjean, notamment Le Banc. En 1978-79, il débute en tête d'affiche sur scène dans un petit théâtre du quartier Mouffetard, le Théâtre des 400 coups. Il joue devant un maigre public une pièce de théâtre drolatique : Qu'elle était verte ma salade… Il est aussi avec Thierry Le Luron à Bobino.

Il introduit à plusieurs reprises les tours de chant de Dalida[5]. Dans les coulisses, les rapports sont houleux avec Orlando, le frère de la chanteuse, qui ne comprend pas toujours le second degré de l'humoriste[17].

Aidé par Guy Bedos, il remonte sur scène en 1984 au Théâtre Fontaine dans Un cri de haine désespéré où perce néanmoins une certaine tendresse et en 1986 au Théâtre Grévin dans Pierre Desproges se donne en spectacle.

Mort et inhumation[modifier | modifier le code]

En 1987, on diagnostique un cancer du poumon à Pierre Desproges[18]. Les médecins qui l'opèrent ne peuvent que constater les dégâts : ses deux poumons sont atteints et l'humoriste est condamné. En accord avec Hélène Desproges, son épouse, ils décident de lui cacher la vérité et prétendent avoir retiré une tumeur sans conséquence[18].

Lentement, son état de santé se dégrade. L'humoriste ressent une fatigue chronique mais continue d'honorer ses engagements professionnels, sans se douter que le cancer le ronge. Pour lui permettre de tenir le rythme de la tournée de son spectacle, des cocktails de remontants lui sont administrés directement dans les muscles. En mars 1988, il accepte d'interrompre sa tournée pour reprendre des forces à l'hôpital. Il y meurt le 18 avril 1988, peu avant l’élection présidentielle[19].

Le , sur les ondes de RTL, son ami Guy Bedos révèle au micro de Marie Drucker qu'on a « aidé Pierre Desproges à mourir », à l'hôpital. Cette évocation d'une euthanasie de l'humoriste est également présente dans l'autobiographie de Bedos, Je me souviendrai de tout[20].

Ses obsèques se déroulent au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Ses cendres sont inhumées après sa crémation dans une tombe provisoire, puis dans la division 10. Sa sépulture est un minuscule jardinet entouré d'une grille avec une simple plaque, où ses cendres ont été mélangées à la terre (sur dérogation de la Ville de Paris)[21]. La tombe est située en face de celle de Michel Petrucciani et non loin de celles de Frédéric Chopin, Claude Chabrol et Mano Solo.

Sa veuve, Hélène Mourain-Desproges, meurt en 2012 et est inhumée au cimetière du Père Lachaise[22]. Ils ont eu deux filles : Marie (1975) et Perrine (1977).

Personnalité[modifier | modifier le code]

Un humour grinçant[modifier | modifier le code]

Célèbre pour son humour grinçant mis en valeur par une remarquable aisance littéraire, Pierre Desproges s'est notamment illustré avec des thèmes souvent évités par les autres humoristes de son époque, prenant à contre-pied certaines positions convenues dans la société.

Comme il le disait lui-même : « Je pense effectivement qu'on peut rire de tout, mais pas forcément avec tout le monde[23]. » Il affirme avec véhémence ce point de vue, notamment lors de l'un de ses plus célèbres « réquisitoires » du Tribunal des flagrants délires contre Jean-Marie Le Pen, invité dans l'émission ce jour-là : « S'il est vrai que l'humour est la politesse du désespoir, s’il est vrai que le rire, sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, s'il est vrai que ce rire-là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout. (...)[24]. »

Dans un entretien à Télérama daté du , paru deux mois après la diffusion de cette émission, il explique : « Je crois qu’on a le droit de rire de tout. Mais rire avec tout le monde, ça, peut-être pas. […] Le rire est un exutoire et je ne comprends pas qu’on dise qu’il ne faut pas rire de ce qui fait mal. Ça fait moins mal quand on en a ri. À la fin de l’été, quelqu’un que j’aimais énormément est mort d’un cancer. Mais le cancer, comme Yves Montand, c’est des choses dont il faut rire. Moi quand je parle de cancer, je parle de mes proches, pas des proches d’autrui[2]. »

Ses traits d'humour révèlent généralement un personnage bon vivant, individualiste et anticonformiste. Différentes sources le qualifient d'« anarchiste de droite »[25],[26], bien que sa prédilection pour les provocations destinées à prendre en permanence son public à contre-pied des positions convenues le rende difficilement classable. Il n'hésite pas à s'attaquer aux sujets les plus sensibles avec une verve féroce. Ainsi, le [27], alors que le cardinal Lustigier se plaint dans un reportage diffusé au journal de midi d'Antenne 2 des attaques des humoristes contre Dieu et les catholiques, Desproges lui apporte une réponse cinglante dans une lettre ouverte qu'il lit face caméra, où il critique les émissions religieuses dominicales sur cette même chaîne (notamment La messe du dimanche) où, selon l'humoriste, les « minorités athées non criantes, non bigotantes et mal bêtifiantes sont méprisées et bafouées, je pèse mes mots, au profit de grotesques manifestations incantatoires d'une secte en robe »[28], et promet qu'il va envoyer « par ce même courrier une copie de cette lettre à Dieu et que ça va chier »[28],[27].

Dans une interview de 1986, il indique : « (...) j'aime bien le langage, le verbe. Quand on peut le manier, c'est un outil formidable : sans se salir les mains, on peut tuer quelqu'un, l'humilier avec un mot qui vient bien. Par exemple, une des grandes joies de ma vie, c'est d'humilier mes semblables »[5].

Dans la même interview, il confie : « môme, j'écoutais Francis Blanche, Pierre Dac : j'étais passionné par ça, je séchais des cours, je repoussais des rendez-vous pour ne pas rater leurs émissions. Après, il y a eu Martin, Yanne... »[5]. Il avoue aussi une admiration pour Georges Brassens[29].

Contrairement à ce que prétend la légende, ce n'est pas lui qui a rédigé la dépêche annonçant sa mort (« Pierre Desproges est mort d'un cancer. Étonnant, non ? », en référence à la phrase de conclusion rituelle sur FR3 de La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède), mais Jean-Louis Fournier, réalisateur de la Minute nécessaire et proche de Desproges. Au départ, cette dépêche devait être : « Pierre Desproges est mort d'un cancer sans l'assistance du professeur Schwartzenberg », proposée par Hélène Desproges. Mais elle a finalement renoncé à inclure cette précision afin d'éviter d'éventuelles poursuites.

Thèmes récurrents[modifier | modifier le code]

Certains thèmes revenaient de manière fréquente dans ses sketches : le plaisir sous toutes ses formes (les femmes, la bonne chère, le vin, etc.), mais aussi le cancer, la mort, ou encore le nazisme, l'antisémitisme[30] et les autres formes de racisme ou de fascisme[31] sont parmi les sujets qu'il aborde régulièrement. Certains éléments narratifs reviennent également, à la manière de gimmicks, dont voici quelques exemples hautement ironiques.

  • Son individualisme viscéral[5], qui lui fait fuir instinctivement toutes les formes de groupes, qui ne sont pour lui que des lieux où s'exprime la bêtise[7],[32].
  • Il prend souvent Dieu à témoin : « Dieu me tripote », « Dieu me turlute », « Einstein, Dieu ait son âme… et moi-même, Dieu lâche la mienne… », le remerciant parfois (« Merci mon Dieu ») ou le réprimandant (« Dieu a dit : tu aimeras ton prochain comme toi-même. D’abord, Dieu ou pas, j’ai horreur qu’on me tutoie… »[33].
  • Il parle de Hitler, s'étonnant ironiquement du sentiment général d'antipathie qu'il inspire, parlant alors du « chancelier Hitler », se demandant si ce qui déplaît le plus aux gens chez lui, « c'est le peintre ou l'écrivain »[34].
  • De même pour Himmler, à qui il attribue des citations équivoques : « Comme disait à peu près Himmler : « Qu'on puisse être à la fois juif et allemand, ça me dépasse ». C'est vrai, [il] faut savoir choisir son camp. »[35],[36], ou, cheminant entre Auschwitz et les Pays-Bas, « On ne peut pas être à la fois au four et au moulin »[35].
  • Il fait référence à la Collaboration comme « l'amitié franco-allemande », disant que c'était « un moyen d'apprendre une jolie langue étrangère à peu de frais ». Toujours dans cette veine, il s'étonne de la disparition du nazisme, « tombé en désuétude après 1945 »[35],[37]. Il affirme également : « "Il est plus économique de lire Minute que Sartre. Pour le prix d'un journal, vous avez à la fois La Nausée et Les Mains sales[38] ».
  • Concernant les Juifs, il assène : « Dans la Collaboration, pour bien gagner sa vie, il faut dénoncer des Juifs. Ce n'est pas très marrant de dénoncer. Oui mais, dans la Résistance, on ne dénonce pas les Juifs, mais il faut vivre avec ! »[39] ; il ajoute, « On ne m’ôtera pas de l’idée que, pendant la dernière guerre mondiale, de nombreux Juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi[40] », ou encore « Mieux vaut entendre ça que d'être juif[39] ».
  • Il s'en prend aux jeunes, et plus particulièrement « à leurs problèmes de jeunes, quoi » ; ou encore : « L’humanité est un cafard. La jeunesse est son ver blanc »[35], tout en conseillant aux vieux « de mourir sans les déranger ».
  • Les auditeurs et lecteurs sont malmenés, « sous-doués végétatifs gorgés d'inculture crasse et de Coca-Cola tiède »[41], « drogués de télévision », « bande de légumineuses surgelés du cortex », mais les rassure en leur affirmant que l'« on peut très bien vivre sans la moindre espèce de culture »[42].
  • La Seine-et-Marne et Vierzon reviennent souvent.
  • L'armée en prend également pour son grade, par exemple lors du réquisitoire contre Jacques Séguéla, où il profite de son temps de parole pour asséner : « En 1939 déjà, tout le monde, en France, savait que le général Gamelin était un con, sauf les militaires. C'est ça, un secret militaire » ; et aussi : « Il ne faut pas désespérer des imbéciles. Avec un peu d'entraînement, on peut arriver à en faire des militaires[43] ».
  • Le monde politique est également la cible de ses sarcasmes : « À part la droite, il n'y a rien au monde que je méprise autant que la gauche[44] ».
  • L'Académie française, « gérontodrome » où les quarante « papy-la-tremblotte » se réunissent pour que chacun se « déguise périodiquement en guignol vert avec un chapeau à plumes à la con et une épée de panoplie de Zorro », le tout afin de savoir « s'il y a un « n » ou deux à zigounette[45] » ; et aussi : « Quand quarante personnes s'habillent comme un con, c'est l'académie française. Quand mille personnes s'habillent comme un con, c'est l'armée française[46] ».
  • Les chanteurs comme Julio Iglesias ; Tino Rossi, le « roucouleur radiophonique » (notamment : « Le jour de la mort de Brassens, j'ai pleuré comme un môme. Alors que — c'est curieux — mais, le jour de la mort de Tino Rossi, j'ai repris deux fois des moules[47] »), Francis Lalanne et le groupe Indochine font partie de ses têtes de Turc de la musique.
  • Les écrivains, notamment Marguerite Duras : « Marguerite Duras, qui n'a pas écrit que des conneries. Elle en a aussi filmé »[48], ou les philosophes comme BHL : « Quand un philosophe me répond, je ne comprends plus ma question »[49].
  • Yves Montand, dont il raille plusieurs fois dans ses spectacles les prises de position politiques : « Au reste, à regarder de plus près, quelle différence y a-t-il vraiment entre Pétain et Yves Montand ? À la réflexion, il y en a une : Pétain, lui, au moins, y ferme sa gueule. Y donne pas son avis sur la Pologne quand on lui demande de chanter Les Feuilles mortes »[36].
  • Viennent également, en vrac : le Boléro de Ravel, dont il ne connaît jamais l'auteur (« Mozart était tellement précoce, qu'à huit ans et demi, il avait déjà composé le Boléro de Ravel ! ») ; la paroisse Saint-Honoré-d'Eylau, représentative du catholicisme bourgeois, la « Tata Rodriguez » et ses « improbables préparations à base de morue, envoyées par paquets fado » à Luis Rego, la Troisième Guerre mondiale imminente, son amour des femmes (« plus je connais les hommes, plus j'aime mon chien, plus je connais les femmes, moins j'aime ma chienne[50] »), qui n'a d'égal que son amour des bons vins de bordeaux[51] ou de saint-émilion (notamment le Château-Figeac 1971) et de la bonne chère[52], sa haine du sport en général et du football en particulier[5], notamment du duel Saint-Étienne-Sochaux.
  • Ses jeux de mots salaces : « Et puis nos coutumes divergent, et divergent [dix verges] c'est énorme »[53], ou bien « Si c'est les meilleurs qui partent les premiers, que penser alors des éjaculateurs précoces ? »[54]

Postérité[modifier | modifier le code]

Appropriation de son type d'humour[modifier | modifier le code]

L’œuvre de Pierre Desproges est souvent reprise par des humoristes, des personnalités, ou tout un chacun. Toutefois, cet « argument d'autorité » peut être soumis à caution. En effet, comme le soulèvent Anne-Marie Paillet et Florence Mercier-Leca en 2014, l'humour desprogien se fait sous couvert d'un « pacte humoristique » ; le personnage détestable que représente Desproges sur scène, auteur de tirades fortement décriables, ne doit pas être confondu avec Pierre Desproges, l'homme[55].

C'est de ce constat que part Frantz Durupt lorsqu'il évoque en 2016 l'emploi à tort et à travers de la citation — approximative — selon laquelle « on peut rire de tout », tançant les récupérations tentées par Alain Soral ou les parallèles tentés avec Dieudonné[2].

Odonymes et noms d’établissements[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

De son vivant
  • Le Petit Reporter, 1981 (recueil des « En bref » publiés dans l'Aurore. Paris, Presses de la Cité. Nouvelle édition : Paris, Le Seuil. (ISBN 2020490641)(ISBN 2020397145))
  • Grandes gueules par deux, 1981 (textes, dessins de Ricord, Morchoisne et Mulatier)
  • Des femmes qui tombent, 1985 (roman) (ISBN 2020089742)(ISBN 2020336251)
  • La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède, 1995 (court textes) (ISBN 202026093X)(ISBN 2020314274) réédité en 1999 ;
    • les archives vidéo disponibles en DVD s'intitulent L'indispensable encyclopédie de monsieur Cyclopède.
  • Les Bons Conseils du professeur Corbiniou(ISBN 2020326396)
  • Les Réquisitoires du Tribunal des flagrants délires en deux volumes. (archives audio et vidéo, livres (ISBN 2020686260)(ISBN 2020685361)(ISBN 202068537X)(ISBN 2020628473)(ISBN 2020628589)(ISBN 2020638665))
  • Chroniques de la haine ordinaire (livre (ISBN 202032041X)(ISBN 2020689057)(ISBN 2020130513), archive audio)... ces chroniques sont séparées en 2 volumes.
  • Manuel du savoir-vivre à l'usage des rustres et des malpolis (livre (ISBN 2020321289))
  • Vivons heureux en attendant la mort (livre (ISBN 2020320428)(ISBN 2020066157)(ISBN 2020136325))
  • Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis (livre (ISBN 2020324369)) - couverture Alain Millerand (livre (ISBN 2-02-008658-1))
  • Pierre Desproges, La scène (réédité en double CD)
Posthumes
  • Fonds de tiroir(ISBN 2020109026)
  • Textes de scènes(ISBN 2020326450)
  • L'Almanach, Paris, Éditions Rivages, 1988, (ISBN 286930269X)(ISBN 2869301685)
  • Les étrangers sont nuls(ISBN 2020336553)(ISBN 2020191350)
  • La seule certitude que j'ai, c'est d'être dans le doute (entretien avec Yves Riou et Philippe Pouchain)[5](ISBN 2020505738)(ISBN 2020345536))
  • Pierre Desproges en BD : Françaises, Français, Belges, Belges, lecteur chéri mon amour(ISBN 2874420271)
  • Tout Desproges, éditions du Seuil, mars 2008 (ISBN 2020971518 et 9782020971515)
  • Desproges est vivant(ISBN 9782757808535)
  • Desproges en petits morceaux(ISBN 9782757815854)
  • Encore des nouilles(ISBN 9782357660762), chroniques culinaires parues dans Cuisine et vins de France en 1984-1985, illustrées par Cabu, Catherine, Charb, Luz, Riss, Tignous et Wolinski.
  • Desproges par Desproges, documents variés et en grande partie inédits réunis par Perrine Desproges et Cécile Thomas, éditions du Courroux, 2017 (ISBN 978-2956017301)

Filmographie[modifier | modifier le code]

Discographie[modifier | modifier le code]

  • A bobo bébé (45 tours), Garima, 1977
  • Ça, ça fait mal à l'ouvrier (45 tours), RCA, 1986

Diffusion sur Internet[modifier | modifier le code]

En septembre 2008, les ayants droit de Pierre Desproges ont passé un accord avec le site Dailymotion pour mettre en ligne des vidéos de l'humoriste, diffusant gratuitement et légalement de nombreux sketches[64].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. ↑dicocitations.lemonde.fr.
  2. a, b et cDurupt 2016.
  3. ↑Luangprabang-laos.com.
  4. ↑Coutanson 2014, p. 19-21.
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j« Pierre Desproges - Je vais être sincère... »
Pierre Desproges (deuxième personne sur la gauche) à Châlus, le 26 septembre 1958.
Tombe de Pierre Desproges au cimetière du Père-Lachaise.
Ses cendres ont été directement mélangées à la terre, sans croix ni dalle, selon sa volonté.

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